Une évidence
Publié dans Carnet de recettes, le Jeudi 16 février 2012

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler un peu de mon métier. Ça fait un moment que j’écris des bribes de mes journées de travail dans mes brouillons wordpress. Mais jusqu’à présent, je n’avais jamais osé en parler. Peut-être par pudeur et par respect, comme si les souffrances que je croisais au travail ne pouvaient pas décemment côtoyer les nuages, les macarons et autres gourmandises. C’est vrai que depuis que j’ai commencé dans ce service, j’ai vite été emportée par le côté solennel des lieux et surtout parce que nous les psy appelons, la pulsion de mort. Pourtant, dans l’équipe soignante, on rit beaucoup, mais ces rires à l’heure du déjeuner résonnent comme d’ultimes tentatives pour combattre notre sidération face à des situations douloureuses. On y va chacun de nos sourires, mais on sait que derrières ces faces en apparence décontractées, il y a l’inquiétude, parfois l’horreur face à la fatalité du handicap. Parfois, quand je regarde mes collègues qui cumulent plusieurs dizaines d’années d’expérience, je me demande combien on peut supporter, jusqu’à quel niveau on peut tenir. Et pourtant, l’émotion est toujours autant palpable à chaque présentation de nouveau patient. On essaye de ne pas trop penser à l’injustice de la vie, ce que les parents déversent dans mon bureau « mais pourquoi nous, pourquoi notre enfant? ». Je crois que quand on travaille dans le monde du handicap, on fait vite le deuil de cette question « pourquoi ? » et on devient très fataliste. La vie est comme ça, il y a des loupés et on y peut rien. Moi qui suis plutôt une « control freak », je me résigne à accepter cette fatalité. Parce qu’on ne peut avoir peur de tout, peur de la vie.
Pendant longtemps, j’ai voulu changer de service, mettre de la distance avec ces accouchements et ces bébés si loin de l’image d’épinal d’un couple de parents épanouis et d’un nouveau-né en pleine santé. Parce que dans ce service, tu apprends rapidement que le handicap, ça peut tomber sur n’importe qui, que ce n’est pas parce que tu as l’étiquette de psychologue ou de soignant que tu en es protégé. Alors, on accueille les bébés des collègues et des copines avec une émotion démesurée, comme si ces bébés étaient des rescapés. On a envie de pleurer quand on voit un bébé commencer à ramener sa jambe sous son ventre et amorcer le quatre-pattes. Ce quatre-pattes qu’ici les enfants acquièrent à force de multiples séances avec le kiné. On a une banane qui se dessine sur notre visage quand un bébé gazouille et nous suit du regard. On devient bon public face aux choses de la vie insignifiantes pour beaucoup.
Et puis, parfois ta route croise des patients qui te marqueront probablement à jamais. Ces patients qui te font réaliser que ce ne sont pas les seuls à avancer à ton contact. Toi aussi tu apprends, tu grandis avec eux. Ces patients que tu portes semaine après semaine et puis un jour, il y a quelque chose qui fait sens. Tu as l’impression que ça y est, c’est le moment, l’impression que toutes les planètes sont alignées et que tu peux les laisser continuer leur chemin. Souvent, tu as beau savoir que c’est le bon moment, tu as du mal à leur lâcher la main. Souvent, ce sont eux qui te font comprendre qu’ils n’ont plus besoin de toi, alors tu fais une dernière séance, une séance de bilan, d’au-revoir. Souvent d’ailleurs, ils ne viennent pas à cette dernière séance, parfois parce que c’est trop difficile de se dire au revoir, parfois parce que tu es devenue le recueil de leurs pensées les plus terribles et qu’ils ont besoin maintenant de commencer à penser à se reconstruire mais après un peu de repos, avec un autre psychothérapeute. Et quand ils viennent à cet ultime rendez-vous, on retrace ensemble tout le chemin parcouru, comment un jour ils ont attirés dans ce minuscule bureau. C’est toujours un moment émouvant pour un thérapeute, on sent les larmes monter pas loin derrières les yeux. C’est vraiment à ce moment-là que tu saisis pourquoi tu fais ce travail, pourquoi tu te frottes à la fatalité tous les jours et que tu reviens travailler chaque lendemain. C’est un moment hors du temps, frissonnant, hors du tourbillons de patients qui s’enchaînent. C’est une évidence. Malgré tous les doutes et toutes les peurs, poser tes fesses sur ce fauteuil, dans ce minuscule bureau, c’est juste tellement une évidence. Le sentiment parfait d’être à la bonne place.
For a long time, I wanted to leave the department, put some distance between me and these births, these babies, who were so far away from that image of the perfect couple having a healthy baby. In this department, you learn very quickly that no one is safe from disabilities, and that wearing a doctor’s blouse does not protect you. And so, you welcome your friends or colleagues’ babies with excessive emotion, as if these babies were survivors. You’re on the verge of crying when you see a baby trying to walk on all fours – because in my department, babies can only walk on all fours after multiple physiotherapy sessions. A gigantic smile appears on your face when you hear a baby babbling and see it gazing at you while you leave: the littlest thing becomes huge and beautiful.
And then, at times, you treat patients you will probably never forget. Patients who make you realise that they are not the only ones improving – you learn and you grow up with them. Patients you go along with, week after week, until one day, it makes sense; you have got the feeling that the moment has come to let them go. And often, even if you know that this moment has come, you don’t really want to let go. Usually, they are the ones showing you that they do not need you anymore, so you plan a last session, to discuss the results of the therapy, and to say goodbye. It happens that they don’t come to that last session, sometimes because it’s too painful to say goodbye and sometimes because you remind them of their darkest moments and that they now need to think about rebuilding themselves; but after some time, and with another psychotherapist. But when they do come to that last session, we go back over the entire journey together since the first day they landed in my tiny office. It is always a moving moment for a therapist – you can actually feel tears coming up.
It is really at that moment that you understand why you do this job, why you work alongside fate everyday and still come back every morning. It’s a timeless moment, far away from the whirl of patients coming in. It is obvious. In spite of all the doubts and all fears, sitting yourself at that desk, in this tiny office is simply so obvious – the perfect feeling to be in the right place.







février 17th, 2012 on 0 h 02 min
Ce billet est parfait.
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février 17th, 2012 on 0 h 06 min
Yep, le contact avec des personnes en difficultés n’est jamais simple – cela fait aussi parti de mon quotidien – les parcours sont souvent long et fastidieux- l’accompagnement prend différentes dimensions – entre richesse et pollution – l’équilibre est précaire – alors allons y pas à pas -
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février 17th, 2012 on 0 h 13 min
C’est juste très, très beau. Un beau métier, un bel amour de ce métier, des gens.
Célestine*
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février 17th, 2012 on 0 h 18 min
Toi qui te plains souvent de ne pas réussir à t’exprimer aussi bien que tu le voudrais, je trouve que tes mots sonnent justement très justes.
Je ne peux que tenter d’imaginer ce que tu traverses comme situations délicates dans ton boulot mais je comprends à quel point cela doit réconforter de pouvoir contribuer à améliorer un peu la vie de ceux qui en ont le plus besoin. C’est important de trouver du sens à ce que l’on fait je trouve.
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février 17th, 2012 on 0 h 30 min
Merci pour tout ce que tu fais – tu fais un boulot que la plupart d’entre nous n’aurait pas le courage de faire. Très bel article.
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février 17th, 2012 on 0 h 36 min
« atteris » et pas « attirés » : il va falloir analyser ce lapsuse ! Ton billet sonne juste et je l’ai pas lu, je l’ai dévoré ! Merci de cet aperçu.
So
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février 17th, 2012 on 8 h 19 min
Ton article est très beau et très émouvant. On comprend à quel point tu aimes ton métier même si il est difficile. Bravo ! :)
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février 17th, 2012 on 8 h 31 min
Très jolie article et très émouvant
Merci de nous avoir partage ton métier avec ses avantages et inconvénients
Bonne Journée a toi
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février 17th, 2012 on 8 h 37 min
C’est vrai qu’être psy n’est pas si facile qu’on peut y croire, on se pose souvent les mêmes questions par rapport à nos patients, on partage les mêmes peurs qui tu a su exprimer de façon si émouvante. Merci pour ton billet!
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olysiah a répondu:
février 17th, 2012 at 12 h 59 min
@Natalia, J’ai eu la même sensation en lisant l’article. Moi aussi j’ai souvent du mal à parler de notre métier. On est confrontés à des choses très dures, on tatonne, on doute, mais quand quelque chose se dénoue, quel moment précieux.
J’ai été particulièrement touchée par le passage sur les rendez-vous manqués en fin de suivi, ça résonne. Merci beaucoup.
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février 17th, 2012 on 9 h 25 min
Les photos sont sublimes et pleines de sens. Ce post me fait penser à « La Guerre est déclarée », comme les « ratés » de la vie peuvent parfois nous faire avancer… Tu as beaucoup de courage de faire ce métier je ne suis pas sûre que j’aurais la force, vu le nombre de gens qu’il faut aider dans la vie de tout les jours,d ‘aider des gens qui ont de si lourdes difficultés…
ThaÏs
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février 17th, 2012 on 9 h 31 min
Très beau temoignage, plein de pudeur et d’espoir. Chapeau bas…
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février 17th, 2012 on 10 h 42 min
C’est très beau, merci de l’avoir partagé !
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février 17th, 2012 on 11 h 05 min
j’en apprend un peu plus sur toi et je te dis bravo !!
Bravo, bravo pour faire ce métier, c’est ultra courageux !!!
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février 17th, 2012 on 11 h 20 min
Heureusement que tout cela n’est pas resté dans tes brouillons…
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février 17th, 2012 on 11 h 21 min
Ton post m’a fait pleurer sur mon thé. J’ai 3 enfants dits « normaux », et tu touches à l’angoisse la plus profonde d’un parent : accepter un enfant différent, trouver du sens dans l’épreuve. On me l’avait bien dit mais je rigolais sous cape, tu en prends pour perpet’ en devenant maman !
En tous cas, ton post est écrit avec beaucoup de justesse, il est parfois difficile de mettre des mots sur notre ressenti. Bravo !
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février 17th, 2012 on 11 h 35 min
Merci beaucoup pour ce billet… Il m’a beaucoup touché. J’ai une petite de 14 mois qui est un soleil et tous les jours j’essaie de ne jamais rien prendre pour acquis.
Ce que tu fais est très important et saches que malgré la distance et l’anonymat, nous sommes aussi là pour toi.
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février 17th, 2012 on 12 h 34 min
Larmes aux yeux aussi à la lecture de ce billet. Comme j’aimerais pouvoir dire ces dernières lignes moi aussi. Les seuls moments où je me sens à la bonne place, avec les planètes alignées et toute la force de l’univers, c’est à la maison, près de mon amoureux de de ma fille. Si seulement je pouvais trouver le moyen de me sentir comme ça aussi dans mon métier ! Contente en tout cas de découvrir une facette de toi si belle et différente.
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février 17th, 2012 on 12 h 47 min
Je ne poste que rarement des commentaire, mais merci pour ton témoignage, vraiment très touchant !
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février 17th, 2012 on 14 h 25 min
Ce post est très touchant.. très bonne journée à toi :)
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février 17th, 2012 on 14 h 56 min
Il est magnifique ce billet
Vraiment!
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février 17th, 2012 on 16 h 05 min
Que dire de plus que ce qui a déjà été dit ???
Magnifique , touchant … un beau billet
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février 17th, 2012 on 19 h 07 min
Ton billet est très joli, à la fois pudique et sensible.
Merci.
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février 17th, 2012 on 19 h 27 min
Merci pour ce moment de partage, plein de sensibilité et d’émotion. Les mots sonnent avec une infinie justesse.
Si la vie est parfois injuste, il arrive aussi qu’elle mette sur notre route, les bonnes personnes pour nous aider à relever la tête, des personnes comme toi.
Bises.
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février 18th, 2012 on 10 h 19 min
Magnifique.
Les mots me manquent mais ton billet est très touchant.
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février 18th, 2012 on 11 h 37 min
Merci pour ce joli billet émouvant et très touchant. Je trouve bien de se dévoiler ainsi. je trouve important de mieux connaître celles et ceux qui se cachent derrière la blogosphère. Voici un « petit morceaux de toi » qui nous permet de mieux te connaître et de savoir quel est ton quotidien. Bravo pour ce beau métier que tu exerce.
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février 19th, 2012 on 10 h 51 min
Merci pour cette réflexion sur ton métier. c’est tellement vrai, nos angoisses de parent face au handicap. Moi qui suis éducatrice, il m’est arrivé très souvent que ce soit la personne qui me fasse comprendre que je pouvais lâcher, la laisser poursuivre son chemin, sans pouvoir faire cette dernière rencontre pour se dire au revoir. Comme pour avoir la possibilité de revenir, ou de laisser derrière eux un bout de leur passé qui est définitivement passé. Merci encore pour ce doux billet.
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février 19th, 2012 on 12 h 17 min
Merci pour ce témoignage.
Ton humilité est vraiment touchante, et bravo d’avoir eu le courage de l’avoir publié.
Merci d’avoir partagé cela avec tes lectrices.
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février 19th, 2012 on 13 h 13 min
[...] nous vous conseillons la lecture de ce très bon article sur Carnets Parisiens. « Parigote » nous livre un peu de sa vie perso au travers d’une [...]
février 22nd, 2012 on 18 h 39 min
Je passe très souvent ici, je ne laisse jamais de commentaire…
Aujourd’hui je le fais, pour te remercier pour ton blog en général, et pour ce post en particulier, qui me touche d’autant plus qu’il parle très bien de ce que je ressens dans mon quotidien d’infirmière en psychiatrie…
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février 23rd, 2012 on 10 h 38 min
Bonjour,
J’erre de wordpress en wordpress depuis quelqaues heures, et je tombe ici… etn je lis cet articles, estomaquée est ce le terme je n’en sais rien. je travaille actuellement sur une nouvelle axée sur les conditions de « sur » vie en hopital psychiatrique… Même si c’est un travail piortant sur les années 1964 à 1970, je m’intéresse à l’humain et je serai vraiment contente de parler de façon plus approfondie de ton métier, avexc toi, surtout ton ressenti en fait..; enfin moi je dis can, je ne dis rien :) ce n’est uq’une idée, proposition, interéssemment et volonté de savoir qui se cache derrière des petits macarons colorés qui ml’enchantent :) On doit te le dire très souvent, magnifique ce petit blog ;)
Bien à Toi.
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février 28th, 2012 on 14 h 03 min
J’ai des sanglots plein la gorge à te lire… qui ne veulent pas sortir. Je viens régulièrement sur ton blog, et te suis sur facebook, j’avais vu que tu avais posté un article qui parlait de ton travail… et ne l’avait pas lu jusqu’à maintenant. et aujourd’hui, alors que je ne pense qu’à moi, je viens faire un tour chez toi. Ce que je lis est dur, je ne suis pas psy, juste une petite future éducatrice de jeunes enfants. et j’étais justement en train de penser à tous ces enfants d’amis et autres qui nous mettent la banane comme tu dis… je te lis et je pense à tous les stages que j’ai déjà fait et je tressaille en pensant à l’ultime, le dernier stage, que j’ai choisi, la peur au ventre, dans un IME avec des enfants porteurs de polyhandicaps. Merci à toi pour cet article qui efface un peu dureté dans ce monde du handicap…
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mars 2nd, 2012 on 15 h 35 min
Emouvant, touchant et très juste. Tu es courageuse et tu as si bien exprimé les sensations… Merci pour cet article très doux
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mars 2nd, 2012 on 21 h 46 min
Très touchant, il en est ainsi la dure réalité de certains métiers mais qui n’enlève en rien toute la « beauté » des sentiments sincères et justes. Tu as bien eu raison de nous en parler car tu fais un beau métier.
Je suis également confrontées à des dures tristesses dans mon travail, d’un autre niveau, d’un autre registre qui nous fait dire que c’est la vie, c’est normal.
Bon courage, prends du recul, de la distance, mais ne change en rien ta belle sensibilité.
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mars 5th, 2012 on 0 h 07 min
C’est « drôle », je viens ici après avoir découvert une superbe recette de mousse sur Pinterest… et je « tombe » sur ce post… merci, qui me touche en plein coeur pour être maman d’un « bébé » différent… de maintenant 16 ans…
Ah, comme j’aurais aimé tomber sur quelqu’un comme vous quand on m’a annoncé le diagnostic (vite fait, mal fait) quand elle avait 2 ans 1/2 !
Je crois que j’ai avancé sur le chemin qui est le nôtre (heureusement), mais je serai toujours, si près, si loin, la jeune maman dont la vie a basculé ce jour-là, pour toujours « ne me secouez pas, je suis pleine de larmes »… J’ai trouvé un peu d’apaisement après avoir beaucoup pleuré, échangé, parlé, lu, rencontré des « gens bien » (et pas mal de moins bien mais bon)…
J’ai appris à vivre avec, parce qu’il le faut bien, parfois j’oublie même que ça nous est arrivé, je profite juste de la vie, de ma fille, elle, comme si le handicap n’existait pas, comme elle aurait été sans ce handicap, parfois je suis submergée, rattrapée pour un rien, le regard des autres, quelqu’un qui ne comprend pas, une démarche, une étape importante par tout ce chagrin, cette colère, cette injustice. J’ai arrêté de me demander trop souvent, « pourquoi ? », « pourquoi nous ? » (de toute façon, pour qui ce serait « juste » ?), parce qu’il n’y a pas de réponse, pas de raison.
Tout à l’heure, ma fille a joué avec la clef de l’armoire de sa soeur… et l’a fait disparaître. J’ai commencé à la chercher, me reprochant de ne pas lui avoir tout de suite retirée, m’agaçant un peu, me disant qu’il se passerait peut-être des jours avant de la retrouver n’importe où. Je l’ai retrouvée dans un tiroir du bureau mal fermé d’où débordaient d’autres « trésors » qu’elle avait collectés et « rangés »… J’ai pensé qu’elle était trop intelligente, trop logique, trop mignonne… J’aime trouver ses « petits cailloux » d’elle… de sa personne… comme j’aime quand elle vient vers moi pour me tapoter le bras ou la jambe en disant « mamamama » (quasi son seul mot avec « naaan » en cas de grosse, grosse frustration ou opposition) ou me serrer dans ses bras (c’est nouveau).
Continuez comme vous êtes… à accompagner sur leur chemin les parents qui en ont besoin… Il y a des rencontres et des paroles qui nous sauvent.
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mars 5th, 2012 on 15 h 17 min
Très beau billet et je tiens à souligner que bien heureusement il y a des gens comme toi dans ce milieu. Comparativement aux patients que tu vois quotidiennement je ne vais pas me plaindre mais mon fils est considéré comme handicapé (il est pris en charge par la MDPH) et pourtant quand on le voit comme ça on n’a pas l’impression qu’il a un souci. Mais heureusement il est aidé par un SESSAD pour le moment et j’ai tellement été heureuse le jour où il a été pris en charge car je me suis dit que peut-être sa vie sera modifiée grâce à cette prise en charge.
Mais bien évidemment et encore aujourd’hui je me demande pourquoi, pourquoi c’est tombé sur lui, sur nous, pourquoi ? Le hasard, j’en sais rien en fait mais j’espère qu’un jour tout rentrera dans l’ordre.
Bisous
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mars 6th, 2012 on 13 h 44 min
Et là, ça a fait sens quand j’ai entendu sa voix hier soir me dire « il est là.. ». « il est là », un enfant de 2 ans peut le prononcer, il en 22. Voilà, c’est aussi mon quotidien, mon travail de tous les jours, et ce billet, bien évidemment, me touche profondément.
CARPE DIEM!!
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mars 8th, 2012 on 1 h 06 min
Je flâne très souvent sur votre blog en admiration sur la qualité de vos photos ainsi que sur Culinographie pour glâner quelques conseils photographiques : moi qui débute avec un réflex :)
Et je tombe sur cet article, touchant, qui me touche profondément parce que profond et vraiment sincère.
De plus je suis étudiante en première année de psychologie (en reprise d’études, j’ai presque 36 ans) je souhaiterais m’orienter vers un Master Psychologie clinique et de la santé (Psychologie des troubles neuro-développementaux et prévention des inadaptations).
Merci poour cet article.
A bientôt.
Muriel
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mars 11th, 2012 on 16 h 12 min
Très beau, touchant, on est loin de la cuisine mais si cela t’a sans doute fait du bien, à tes lecteurs aussi, sois en certaine ! Merci
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mars 12th, 2012 on 10 h 20 min
Merci d’être là! A toi et à tous(tes) tes collègues..
J’ai accouché d’une petite fille née sans vie l’été dernier et je peux te dire que la chaleur et l’humanité du personnel soignant ont été un soutien incroyable pour mon mari et pour moi…
La grossesse et l’accouchement sont parfois beaucoup moins roses que dans nos rêves…
Encore merci et courage pour l’aide que tu apportes au quotidien.
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mars 13th, 2012 on 8 h 18 min
merci… et surtout merci de t’intéresser aux choses insignifiantes comme lorsque l’enfant réussit à boire tout son bib’ sans la machine… merci d’aider ceux qui sont dans le besoin!
Oh! si on avait su, je ne saurait pas aussi tourmentée à l’heure d’aujourd’hui, et surtout si les médecins avaient noté mes progrès même les plus cons je n’aurais peut-être plus l’impression d’être parfois débile.
Merci… merci pour eux et pour nous tous!
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